20090623

Damoiseau

Quand je me vois soudain
En face de ma bouteille
Que je lui parle de notre avenir ensemble
La caressant du bout des doigts
Quand je me vois soumis
Aux chaudes vapeurs des vagues
Que je bois aux saillies d'empires
À l'avancée des sables
Quand je me vois soudain
Inversé à faner
Troué de lèvres conspueuses
En face de mon épée
Quand je brandis mon Damoiseau
Présent comme un sort
Butant contre un leurre
Je suis autre que vous, qu'un autre, que moi

20090601

à lire à toute vitesse:

"paris est toujours vivante
dans les yeux de la petite fille en robe rouge
dans la main entrouverte du clochard couché sur le quai de la ligne dix à odeon
dans la sainte paix des morts couchés pour de bon à père lachaise
et chez moi"

a.

la poésie ne devrait exister
que pour enregistrer les pensées sans importance
que pour créer un langage tout nouveau
un langage qui ne devrait exister
que pour l'existence de la poésie
sans peur de faire des fautes
sans peur de ces égos avides
de corriger nos fautes

20090515

Porte-malheur

Je vous souhaite de ramper
Je vous souhaite de vieillir
Je vous souhaite de patienter éternellement
Je vous souhaite la monture gangrénée de rancoeur
Je vous souhaite le dégoût dans la pluie de vos vers
Et peut-être
Un matin de baptême
Je vous souhaite de retomber sur vos pattes de chats noirs

20090505

encore.

lire, c'est s'en aller -
les lèvres éparpillent les refrains.
on s'en va; les mots balayent
la poussière cachée dans les mains.
on fait le rythme - lire, c'est se déplacer:
les ruelles du monde entier
cachées dans les mains.





20090424

Aphonie

Dis-moi, Vinicius
Pourquoi elle est dehors
Et que c'est moi qui l'y ai mise
Pourquoi je peux te parler
Et que tu ne me comprends pas
Dis-moi, Vinicius
Pourquoi me voilà seul
Et plus seul avec elle
Encore plus seul sans elle
Puisqu'elle n'est plus là
Dis-moi, Vinicius
Pourquoi elle est venue
Quand je l'ai faite venir
Et qu'elle est repartie
Quand je l'ai faite partir
Pourquoi je l'ai chassée
Dans deux sens opposés
Dis-moi, Vinicius
Pourquoi je ne puis vivre
Avec et pour les autres
Ni non plus vivre seul
Les autres avec leur mort
Et j'étais déjà mort
Dis-moi, Vinicius
Pourquoi la flamme s'éteint parfois
Comme si éteinte depuis l'éternité
Et qu'elle brûle à nouveau
Comme si jamais n'avait cessé
Le lendemain matin
Dis-moi, Vinicius
Pourquoi seule l'insouciance
Connaît la vérité
Que chaque mot construit
Et que chaque mot détruit
Parce qu'un mot est un mot
Dis moi, Vinicius
Pourquoi je l'aime autant
Qu'elle soit ailleurs je ne sais où
Ou ici contre moi
Et plus présente parfois
Dans le lointain de mes pensées
Dis-moi, Vinicius
Pourquoi elle est dehors
Et son coeur un autre mot
Que je ne peux plus prononcer

20090417

Carne

J'aurais vécu sans amour
De légères inconsistances
Je ne peux me tourner
Peu importe vraiment
J'aurais bu le lait de poitrines multicolores
Et la tienne que je trais
Me démolit la panse
Peu importe l'ogresse qui me mange
Si je suis au menu

20090403

Marshall (pour Kurt Cobain)

Sans nom, dit-elle
Montrant du doigt l'appareil
Il ne dit que ce qu'il veut entendre
Blotti au fond des tripes
Une flèche
Monsieur Suicide est mort
Sans nom, dit-elle
La vie à inverser les ponts
Qui le feraient rêver
Aux démons quand le jour se lève
Sans nom, dit-elle
Elle le ferait pleurer
Des Marshall éclatés